Les racines ne sont pas des barbelés
Les racines ne servent pas à tracer des frontières. Elles servent à relier.
Qu’il s’appelle Yggdrasil, Arbre-Monde ou autrement, ce symbole n’a jamais été une bannière de repli. Il relie les mondes. Il tient ensemble des réalités différentes. Il ne sélectionne pas les vivants : il les soutient.
Pourtant, certains voudraient faire des mythes des outils identitaires. On extrait un fragment. On simplifie un récit complexe. On transforme un symbole ancien en slogan. C’est une lecture superficielle — et c’est une trahison.
La Grèce antique n’était pas une forteresse : c’était un carrefour. Rome n’était pas un bloc pur : c’était un empire de mélanges. Les mondes nordiques commerçaient, voyageaient, échangeaient bien au-delà de leurs horizons visibles. L’histoire n’a jamais été homogène. Elle est tissée de contacts, de circulations, d’influences croisées. Réduire ces héritages à une identité fermée, c’est les trahir deux fois.
Il en va de même pour le drapeau tricolore. Il est né d’une idée, pas d’un sang. Bleu, blanc, rouge — ce sont les couleurs d’une Révolution qui proclamait liberté, égalité, fraternité. Pas d’une ethnie. Pas d’une exclusivité. D’un idéal ouvert à quiconque le porte sincèrement. Laisser ce drapeau aux extrêmes, ce serait leur offrir ce qu’ils n’ont pas le droit de revendiquer. Je refuse ce cadeau-là.
Je fais un autre choix.
Je choisis la culture comme pont. Je choisis la bienveillance comme socle. Je choisis des mythes où les femmes ne sont pas des ornements — elles sont stratèges, souveraines, créatrices. Ce n’est pas une posture. C’est simplement ce que les textes disent, quand on les lit en entier.
Les symboles ne sont pas la propriété des cris les plus forts. Ils appartiennent à ceux qui prennent la peine de les comprendre.
Se réclamer des racines tout en excluant l’autre, c’est oublier leur nature profonde. Les racines sont des réseaux invisibles. Elles ne séparent pas. Elles nourrissent.
L’Arbre ne pousse pas pour une seule branche. Il pousse parce qu’il relie.
Je ne revendique pas Athéna. Je marche simplement à la lumière de ce qu’elle représente : la sagesse qui protège sans exclure. Je ne possède aucun mythe. Mais si Athéna m’accompagne, c’est pour me rappeler que la véritable force ne ferme aucune porte.


