Bernard Werber, l’arbre et moi

Source : interview Voici — juste vu sur facebook malheureusement 🙁


Il y a des rencontres qu’on ne cherche pas. On tombe sur une vidéo, trois minutes, et quelque chose se met à résonner comme une corde qu’on pensait accordée seul.

C’est ce qui m’est arrivé en regardant une courte interview de Bernard Werber.

Je ne suis pas Bernard Werber. Je n’ai pas sa notoriété, pas ses trente-cinq livres, pas ses millions de lecteurs. Je suis un auteur indépendant qui construit son univers brique par brique, souvent dans le silence. Inaudible, ou presque.

Mais cette interview m’a fait un cadeau inattendu : me montrer que certaines convictions que je croyais porter seul — sur l’écriture, sur le lecteur, sur l’IA — un des auteurs français les plus lus les exprime avec la même simplicité, la même nuance. Ça ne me grandit pas. Ça me confirme que je suis sur le bon chemin.


L’auteur n’est pas un moine

Werber dit quelque chose de simple et de radical : écrire, c’est un métier de conteur. Pas quelqu’un qui fabrique de belles phrases dans une tour d’ivoire, mais quelqu’un qui parle — et qui regarde les réactions des gens en fonction de ce qu’il raconte.

“C’est un art vivant. Ça ne doit pas être quelque chose de figé, fermé, avec un auteur déconnecté de ses lecteurs.”

Je partage cette conviction profondément. Un livre n’existe vraiment qu’à partir du moment où il entre dans une autre tête que la sienne. Avant ça, c’est un manuscrit. Après, c’est une histoire.


Les fils qu’on ne doit pas voir

C’est la partie qui m’a le plus frappé. Werber compare l’auteur à un montreur de marionnettes :

“Un bon auteur, c’est un auteur dans lequel on ne se dit pas en lisant : qu’est-ce que c’est bien écrit. Si on le dit, c’est qu’on voit l’artiste en train de travailler. On ne doit pas voir les fils.”

C’est une exigence redoutable. Et juste. Le style ne doit pas s’exhiber — il doit servir. Disparaître au profit de l’histoire, des personnages, de l’émotion. Le lecteur ne doit pas admirer la fenêtre. Il doit voir le paysage.

C’est un équilibre difficile à trouver, et qu’on remet en question à chaque page.


image non contractuelle avec la réalité 😀

L’IA : outil ou béquille

Werber aborde aussi l’intelligence artificielle, avec une formule que j’aurais pu écrire moi-même :

“Ne pas l’utiliser, c’est stupide. Et l’utiliser pour remplacer l’écriture, c’est stupide aussi.”

Deux lignes. Tout est dit.

L’IA est un assistant — puissant, utile, fascinant. Mais la vision, l’intention, l’âme d’un texte : ça ne se délègue pas. Ce qui rend une histoire unique, c’est précisément ce qu’aucun algorithme ne peut générer à ta place — ton regard sur le monde, tes cicatrices, tes obsessions.


Et pour finir — un sourire de l’univers

Son dernier livre s’appelle La Voix de l’Arbre.

Moi, je construis mon univers littéraire sous la bannière d’un arbre millénaire — Yggdrasil, l’arbre monde de la mythologie nordique, qui relie tous les mondes, tous les récits, toutes les vies.

Coïncidence ? Peut-être. Mais pour quelqu’un qui croit que les histoires cherchent leurs auteurs autant que les auteurs cherchent leurs histoires — ce petit clin d’œil de l’univers, je le prends avec le sourire.

Merci, Bernard Werber. Pour les livres, pour l’interview, et pour l’arbre.

— M.W. Ashmore yggdrasilmonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *